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SIDÉRURGIE : Des mots faux : " restructuration "," reconversion ", pour cacher la réalité : la destruction systématique et complète d'outils de travail qui ont fait la puissance du capitalisme à une autre époque, mais qu'il n'est plus intéressant pour lui de maintenir chez nous. Destruction complète, mais progressive, par étapes, car il ne faut pas provoquer la révolution sociale, il faut maintenir la paix sociale. Pour la sidérurgie, où les travailleurs sont regroupés en de très gros centres de travail et où les investissements sont très lourds, cette destruction complète peut prendre une génération. N'a-t-on plus besoin d'acier ? Si, bien sûr, et même de plus en plus dans le monde, pour la construction d'usines, de machines, d'automobiles, de logements, de navires, d'appareils ménagers, etc. Mais la main d'oeuvre coûte tellement moins cher dans le tiers-monde, Corée, Brésil, ..., et dans l'ancien monde socialiste d'Europe de l'Est. Ci-dessous, l'on trouvera, puisés dans le passé, deux exemples de destruction complète de bassins sidérurgiques, ailleurs que chez nous, par d'autres patrons sidérurgistes ou par les mêmes comme USINOR dans le bassin de Longwy (Lorraine française). Les textes ci-dessous qui parlent de ces exemples sont tirés de " Longwy 82-88, autonomie ouvrière et syndicalisme ", édité en 1990, recueil d'articles et d'interviews par des acteurs-victimes de" restructurations-reconversions " qui se sont étalées sur une vingtaine d'années. Quelques données pour situer le bassin de Longwy par rapport à ceux de Seraing+Chertal et de Charleroi, et à Clabecq: Avant la première restructuration de 78-79, il y avait environ 13000 sidérurgistes sur Longwy : 7500 à Usinor, 4000 à Cockerill-Rehon, 2000 à La Chiers, en plus de multiples entreprises sous-traitantes dépendant complètement de la sidérurgie. À l'époque, Longwy est comparable à Cockerill-Ougrée-Marihaye (Liège) et à Hainaut-Sambre. La destruction achevée là-bas ne l'est pas encore ici. ] Extraits.
Des cendres Longwy ?
Dans une casserole bien hermétique Voilà la recette qui a fait fureur à Longwy pendant plusieurs décennies. Les maîtres de forges nous ont tout bouffé, la santé, la vie de famille, notre énergie, pour finir ( ...) par nous jeter comme de vieilles chaussettes. Pendant des dizaines d'années, des mecs ont trimé dur pour faire tourner ces putains d'usines à tuer. (...) (...) Longwy est une ville complètement coincée dans une vallée, l'usine s'étend sur plusieurs kilomètres, et les différentes installations sont simplement mises bout à bout. La plus forte concentration se fait sur Longwy, , mais ce n'est pas que la concentration du boulot, c'est également la concentration du peu de vie du bassin. C'est là que tu peux rencontrer les quelques jeunes qui sèchent le lycée (en Belgique, on dirait l'enseignement secondaire ; école technique, athénée, collège), ou les retraités dans les trocs. C'est là aussi que tu as le plus de chance de rencontrer des têtes connues (journalistes ... en mal d'information ; huiles locales en périodes électorales, anciens militants se ressassant pour la énième fois les actions spectaculaires). (...) (...) Longwy est une " grande famille ", tous les militants se connaissent, se côtoient régulièrement, tout en étant de bords différents. Il y a toujours eu ces relations de bon voisinage. Il est pourtant si simple de comprendre cette solidarité, cette complicité dans l'usine. Ça a été la réaction qu'ont toutes les minorités dans une terre hostile. Tu étais obligé d'épauler et d'être épaulé pour survivre. C'était vraiment un travail d'équipe. La soudure, tu la trouvais sur place. C'était les flammes, les barres d'acier incandescent, la graisse et la fatigue. même les militants qui ne mettaient plus les pieds à l'usine faisaient partie d'une équipe. Et comme le disait Reiser : " Vive le peuple lorrain, dur, travailleur et exploité jusqu'au trognon ". (...) (...) en Europe, elle (la classe ouvrière traditionnelle) a été prise en première ligne dans le redéploiement structurel du capitalisme international en cours depuis 20 ans et plus, et ... elle est sortie amoindrie de ce combat, souvent marqué par des explosions de violence, voire par des affrontements d'une durée et d'une intensité exceptionnelle (sidérurgistes français en 79, puis en 84, mineurs anglais en 84-85, etc.). Ce redéploiement capitaliste peut être caractérisé en gros par la mise en place d'une nouvelle infrastructure technologique (robotisation, électronique, informatique...) (...); et par une redéfinition de la division internationale de la production, dans un contexte d'internationalisation du capital. D'une part, l'introduction de nouvelles technologies a des conséquences directes, à la fois dans le sens de suppressions massives d'emplois dans le secteur secondaire (l'industrie), et dans le sens de changements qualitatifs dans la nature du travail et la division des tâches : travail moins " physique ", isolement des travailleurs sur les chaînes de production, tâches déqualifiées au niveau d'exécutants qui contrôlent de moins en moins le processus de production 2 et, au contraire, développement de tâches de contrôle et de maintenance technique qui mettent en uvre un savoir de plus en plus médiatisé, intellectualisé. D'autre part, ce processus s'accompagne d'une redistribution des capitaux : il s'agit d'assurer un apport de capitaux sur les secteurs porteurs de la nouvelle technologie, et aussi de développer la restructuration des secteurs traditionnels afin qu'ils intègrent le nouvel appareil technologique. Ceci implique la recherche d'un accroissement du taux de profit, d'un abaissement des coûts, et en particulier de la masse salariale. D'où le transfert de pans entiers de la production sur certains pays du tiers monde, sans tradition de lutte ouvrière et bien cadrés par l'impérialisme. D'où, dans les pays occidentaux, la politique d'austérité, de chômage et de remise en cause des acquis des travailleurs. (...) (...) (ce processus) a eu pour conséquence une décomposition du tissu social qui a porté atteinte aux capacités de réaction du mouvement ouvrier, touché en premier lieu par cette décomposition, du fait de la suppression de pans entiers de l'appareil productif, de la désertification des bassins, d'une diminution significative des grandes concentrations ouvrières, et d'une tendance à l'atomisation des conditions, avec ses conséquences en terme d'effritement de la conscience de classe (développement des couches hors statut, multiplication des PME et des entreprises de sous-traitance, développement des emplois de bureau, isolement croissant des gens sur les lieux de production). (...) (...) Nous croyons qu'une période se termine... la grande lutte des cheminots, ... le mouvement des (enseignants), ... la lutte des infirmières et les grèves (bus, poste, etc.) ont vu des revendications directement offensives 3, en termes d'augmentations salariales, d'amélioration des conditions de travail et de reconnaissance d'une utilité sociale et d'une capacité technique. (...) C'est qu'on ne peut maintenir éternellement le couvercle de l'austérité sur le chaudron social (...) (...) Les repères de classe se perdent, et c'est bien la conséquence du processus de décomposition/recomposition sociale lié aux changements en cours depuis plusieurs dizaines d'années dans le mode de production capitaliste : les couches exploitées ont perdu de leur homogénéité. Tandis que la classe ouvrière traditionnelle perd relativement de son importance, on assiste au développement d'une part de couches précarisées et déqualifiées (elles-mêmes atomisées par une multitude de situations particulières et changeantes, et d'autre part de couches " intermédiaires ", prolétaires intellectuels, techniciens, maîtrise, ayant une pratique spécialisée et donc un peu plus de pouvoir sur leur travail, au moins en potentiel, que ceux " qui n'ont rien à perdre que leurs chaînes ". (...) Ce sont souvent ces couches " intermédiaires " qui se sont portées en avant dans les luttes récentes, et qui ont été touchées par le phénomène des coordinations. La partie de la classe ouvrière traditionnelle qui a " bougé " ... est essentiellement constituée de travailleurs à statut (secteur public, etc.) et les luttes qu'elle a menées sont restées le plus souvent encadrées par les structures syndicales traditionnelles. (...) La contradiction qui se pose est donc que, au moins dans la période actuelle, les gens qui luttent sont ceux qui ont déjà des moyens, ... Nous n'avons certes pas une solution toute faite pour essayer de résoudre cette contradiction, mais sans doute des voies à explorer : comment favoriser une organisation autonome 3 des couches les plus exploitées ? ... Quelles jonctions entre celles-ci et les travailleurs à statut ? Et aussi avec les couches " intermédiaires "... sans donner dans un interclassisme qui mélange tout et favorise ceux qui sont déjà relativement favorisés ? Comment aller dans le sens du dépassement des corporatismes et de la mise en oeuvre des solidarités nouvelles ? (...) (...) si l'on veut sortir d'un va-et-vient perpétuel pour gagner des acquis (salaires ou autres) dans une période, et les perdre dans une autre, il nous faut aussi prendre en compte des enjeux différents du combat. Visite-enquête de quatre sidérurgistes (militants syndicaux CGT, CFDT) de Longwy, Le bassin de Pittsburgh est comparable à celui de Longwy : mono-industrie centenaire, fermeture de la majeure partie des installations, traditions de luttes ouvrières à la fin du XIXe siècle. Mais surtout une reconversion vantée par nombre de patrons, ministres, sociologues, journalistes, (...) Le retour à Longwy sera dur, dur ! " Il y a une, peut-être deux générations sacrifiées " leur a annoncé un des responsables de l'Institut de robotique de Carnegie Mellon....
La région de Pittsburgh est maintenant un monde à deux faces : Enquête du Centre d'études du travail - Carnegie Mellon University sur le chômage de la région de Midland, région de mono-industrie, après la fermeture de l'aciérie Crucible. La plupart des salariés au chômage ne touchent plus d'indemnité depuis 22 mois, 31% ont trouvé un emploi temporaire, 16% ont trouvé un emploi stable, 22,5% n'ont ni emploi ni indemnité de chômage, 30,1% sont sans assurance médicale, 19,4% touchent des bons de nourriture, 78% sont propriétaires de leur maison et n'iront pas travailler ailleurs, 41,5% ont hypothéqué leur maison. Réunion avec un comité de chômeurs. Nous avons commencé une soupe populaire " soup kitchen ", ici, à cause des familles de chômeurs ; il y a des gens qui viennent manger ici et d'autres qui n'entrent pas parce qu'ils sont trop fiers. Nous distribuons des paquets (de nourriture) aux familles nécessiteuses ; 400 familles en bénéficient ; nous distribuons les colis une fois par mois et les repas sont distribués trois fois par semaine. Dans notre centre nous faisons quatre choses : nous avons une petite " banque " du travail où les gens peuvent trouver des petits travaux ; nous distribuons les colis ; quand nous le pouvons, nous servons des petits déjeuners à 30 enfants avant qu'ils aillent à l'école, cinq fois par semaine, et nous servons des repas aux adultes. (...) Dans les quatre comtés autour d'ici il y a environ 350.000 chômeurs et, à Alleghany même, 100.000 personnes qui ont besoin d'une aide ... et à Longwy ? (...) Fin de la phase liquide à Longwy, été 87. Depuis le 30 juillet, on ne fabrique plus d'acier à Longwy... L'aciérie de Rehon a été arrêtée... Rappelons que cette installation a été mise en marche en ... 1979, avec une technologie sophistiquée, et les investissements que cela représente ! Avec l'aciérie, c'est le gros-train, l'APV (affinage en poches sous vide) et la coulée continue qui ont été également arrêtés. Conséquences en aval : après la fermeture de la SLPM (45 emplois), c'est Longométal-Saulnes qui va fermer (64 emplois) .... Les seules installations sidérurgiques sur Longwy restent donc le train universel et le train-fil, soit à peu près 1.000 actifs. Jusqu'à quand ? (...) (Voir notamment le coût du transport de la fonte depuis Gandrange)... La plupart " n'y croient plus ". Une caractéristique des " plans " patronaux successifs mis en place avec l'aide des gouvernements, dits de droite ou de gauche, des différentes époques :
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